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Le 11 mai 2026, l’association e-Enfance a publié son premier rapport de transparence au titre du règlement européen sur les services numériques (Digital Services Act – DSA). Ce document, couvrant la période du 1er janvier au 31 décembre 2025, dresse un constat particulièrement préoccupant : les violences numériques visant les mineurs continuent de s’intensifier tandis que les plateformes peinent encore à retirer rapidement les contenus signalés.

À travers ce rapport, l’association e-Enfance/3018 met notamment en lumière l’explosion du cyberharcèlement, de la sextorsion et des contenus à caractère sexuel impliquant des mineurs, mais aussi l’émergence de nouveaux risques liés à l’intelligence artificielle et aux réseaux de prédation en ligne.

Le 3018, premier signaleur de confiance désigné en France

Dans le cadre du DSA, l’Arcom a désigné le 8 novembre 2024 le 3018 comme premier « signaleur de confiance » en France. Ce statut reconnaît l’expertise de l’association dans l’identification et le signalement de contenus illicites en ligne touchant les mineurs.

Concrètement, les plateformes soumises au DSA sont désormais tenues de traiter de manière prioritaire les signalements transmis par le 3018 via un canal dédié.

Pour rappel, un signaleur de confiance est une organisation reconnue par une autorité nationale compétente pour sa capacité à effectuer des signalements précis, fiables et diligents dans un domaine spécifique, comme la protection de l’enfance.

Des victimes de plus en plus jeunes

Le rapport révèle que le 3018 a enregistré 124 500 sollicitations en 2025. Une hausse qui illustre l’ampleur croissante des violences numériques touchant les mineurs.

Les victimes sont de plus en plus jeunes :

  • 24 % ont moins de 11 ans ;
  • 31 % sont âgées de 12 à 14 ans.

Le cyberharcèlement reste le premier motif de signalement avec 24,7 % des cas traités.

Viennent ensuite :

  • les comptes « Fisha »* (16,4 %) ;
  • les atteintes au droit à l’image (16,3 %) ;
  • la sextorsion (13,7 %).

À eux seuls, ces quatre motifs représentent 71 % des signalements reçus par le 3018.

Une forte progression des violences sexuelles en ligne

Le rapport souligne qu’un signalement sur quatre concerne désormais des faits à caractère sexuel impliquant des mineurs : pédocriminalité, extorsion sexuelle ou encore grooming (ou pédopiégeage).

Parmi ces situations :

  • plus d’un tiers relèvent de la sextorsion ;
  • un cas sur dix concerne la diffusion non consentie de contenus sexuels.

Ces violences numériques ont des conséquences directes sur la santé mentale des jeunes victimes. Selon e-Enfance, le 3018 traite désormais une crise suicidaire tous les trois jours, un chiffre en hausse de 3 000 % en dix ans.

TikTok au cœur des signalements

Avec plus de 1 000 signalements recensés en 2025, TikTok apparaît comme la plateforme la plus signalée par les mineurs et leurs familles.

Le réseau social concentre à lui seul un volume de signalements plus de trois fois supérieur à Instagram et plus de quatre fois supérieur à Snapchat.

Les situations traitées révèlent un schéma récurrent : les prédateurs prennent d’abord contact avec les victimes sur des plateformes publiques avant de les rediriger vers des messageries privées moins régulées, où se poursuivent les faits de grooming, de sextorsion ou de pédocriminalité.

Selon le rapport, plus de la moitié des cas de prédation sexuelle suivent ce parcours.

Masculinisme, “The Com” : les nouveaux risques émergents

Le rapport met également en garde contre la progression de contenus valorisant des idéologies sexistes ou violentes, notamment les mouvances masculinistes.

Selon l’association, ces discours apparaissent de plus en plus fréquemment dans les situations de harcèlement, de cyberharcèlement et de violences de genre en ligne.

Autre sujet d’inquiétude : le développement de réseaux prédateurs structurés comme « The Com » (“The Community”), qui ciblent des jeunes âgés de 8 à 17 ans identifiés comme vulnérables.

Selon les situations documentées par l’association, les victimes seraient progressivement poussées à réaliser des actes humiliants ou violents :

  • produire des images sexuelles ;
  • commettre des actes d’exploitation sexuelle ;
  • s’automutiler ;
  • blesser des animaux ;
  • exercer des violences sur autrui.

Les contenus produits seraient ensuite utilisés comme moyens de pression et partagés au sein de ces réseaux afin de renforcer la réputation des prédateurs.

L’intelligence artificielle devient un amplificateur des violences numériques

Le rapport souligne également la montée en puissance de l’intelligence artificielle dans les situations de violences numériques visant les mineurs.

Parmi les cas de sextorsion traités par le 3018, plus d’un quart impliquent désormais un usage de l’IA.

Deepfakes sexuels, outils de « déshabillage » ou agents conversationnels détournés à des fins de manipulation : ces technologies deviennent de véritables amplificateurs des violences en ligne.

Des plateformes accusées de modération insuffisante

L’association dénonce également les défaillances persistantes de certaines grandes plateformes en matière de modération.

Selon le rapport :

  • sur Snapchat, YouTube et Facebook, plus d’un contenu signalé sur deux reste en ligne ;
  • sur X, près de trois contenus sur quatre ne sont pas retirés.

Dans la grande majorité des cas, les refus de retrait ne sont accompagnés d’aucune explication.

Pour e-Enfance, cette absence de réaction contribue à prolonger les violences subies par les mineurs, notamment dans les cas de harcèlement, de diffusion d’images intimes ou de menaces.

Les recommandations d’e-Enfance

Face à cette situation, l’association formule plusieurs recommandations afin de renforcer la protection des mineurs en ligne :

  • instaurer une nomenclature harmonisée au niveau européen pour les signalements impliquant des mineurs ;
  • encadrer les délais de traitement des notifications ;
  • imposer aux plateformes des réponses motivées en cas de refus de retrait ;
  • garantir le retrait effectif des contenus illicites impliquant des mineurs plutôt que le simple géoblocage ;
  • permettre la suspension des comptes ayant servi à initier une infraction visant un mineur.

Que faire en cas de cyberharcèlement ?

Le 3018 rappelle que plusieurs réflexes peuvent aider les victimes et leurs proches :

  • conserver les preuves (captures d’écran, messages, liens) ;
  • signaler rapidement les contenus ;
  • bloquer les auteurs ;
  • prévenir l’établissement scolaire si nécessaire ;
  • contacter le 3018 pour obtenir une aide psychologique, juridique et technique.

Disponible 7 jours sur 7, le 3018 peut être contacté par téléphone, tchat ou via l’application mobile dédiée.

Lire le rapport :
https://e-enfance.org/rapport-de-transparence-2025-signalements/

* Les comptes « fisha » (« affiche » à l’envers) sont des comptes sur les réseaux sociaux ou messageries, qui ont pour objet la diffusion de contenus intimes ou à caractère sexuel de jeunes femmes, pour la plupart mineures, sans leur consentement (photos-montages, vidéos détournées…). Ces images sont parfois accompagnées d’informations personnelles permettant de les identifier.

– Image de l’article générée par IA –

Après le Toulouse Game Show en octobre dernier, Assurance Prévention présente l’initiative CyberPrev au salon Geek Days Lille les 9 et 10/05/2026 au Grand Palais. Objectif : sensibiliser les adolescents, les parents et le monde éducatif aux risques numériques : addiction aux écrans, cyberharcèlement, contenus choquants et désinformation. 

Le manga “Falcon Flip” sera distribué gratuitement et dédicacé par le mangaka Thomas Roussel sur le stand Assurance Prévention / CyberPrev (stand : ANIM 1.1).

De nouveaux épisodes de “Falcon Flip” sur les jeux vidéo sortent à cette occasion sur webtoons.com !

En savoir plus sur le salon :
https://www.geek-days.com/lille/

La Semaine de la presse et des médias dans l’École est organisée chaque année au mois de mars par le CLEMI, le centre pour l’éducation aux médias et à l’information.

C’est l’occasion pour de nombreux élèves de découvrir l’univers des médias, de la presse, du numérique et d’en comprendre les enjeux culturels et démocratiques.

Et comme le suggère Virginie Sassoon, la directrice adjointe du CLEMI, pourquoi ne pas profiter de cette séquence pour aborder ces questions en famille ? 🤗

🗓 Cette année, la 37e édition de la Semaine de la presse et des médias se tient du 23 au 28 mars 2026 et a pour thème « Où est l’info ? ».

https://www.clemi.fr/actions-educatives/semaine-de-la-presse-et-des-medias

🔎 CyberPrev décode, l’émission d’Assurance Prévention qui décode les risques numériques touchant les adolescents tels que l’addiction aux écrans, l’exposition à des contenus choquants, le cyber harcèlement, la désinformation etc.

Depuis de nombreuses années, le système de classification des jeux vidéo se concentre principalement sur le contenu violent, sexuel ou portant sur la consommation de drogues. Mais en juin 2026, un changement majeur s’opère : la classification PEGI (Pan European Game Information, le système de classification des jeux vidéo en Europe) va intégrer de nouveaux critères pour évaluer des risques jusqu’à présent ignorés, notamment les mécaniques incitant à des comportements addictifs.

Qu’est-ce que PEGI et pourquoi cette évolution ?

Le système PEGI, mis en place en 2003, catégorise les jeux vidéo en fonction de l’âge recommandé : 3, 7, 12, 16 ou 18 ans. En France, ce système est intégré au cadre légal et s’applique à tous les jeux, qu’ils soient vendus en magasin ou téléchargés en ligne.

Jusqu’à présent, cette classification reposait essentiellement sur le contenu du jeu : la violence, le langage grossier ou la présence de drogues. Or, comme l’explique l’organisme PEGI, le paysage des jeux vidéo a profondément changé. De nombreux titres populaires, gratuits ou à bas prix à l’achat, utilisent maintenant des mécaniques conçues pour inciter les joueurs à dépenser de l’argent ou à jouer de manière compulsive. Ces pratiques posent des enjeux de santé mentale importants, particulièrement pour les jeunes joueurs dont le développement cognitif les rend plus vulnérables à ces incitations.

Les quatre nouveaux « risques interactifs » à connaître

À partir de juin 2026, PEGI évaluera les jeux selon quatre nouveaux critères, appelés « risques interactifs ». Voici ce qu’il faut retenir pour comprendre l’impact sur vos enfants.

1. Les loot boxes : des paris déguisés en récompenses

Les loot boxes (littéralement « boîtes à butin ») sont des conteneurs virtuels que les joueurs ouvrent, souvent en payant, pour obtenir des objets aléatoires et invisibles avant ouverture. C’est un peu comme un paquet-surprise : vous ne savez pas ce que vous allez obtenir avant d’acheter.

À partir de juin 2026, tout jeu proposant des loot boxes payantes sera automatiquement classé au minimum en PEGI 16. Dans les cas où le jeu crée un véritable environnement de « casino social » (avec des mécaniques très proches du jeu d’argent), la classification pourra même atteindre PEGI 18.

Pourquoi ce changement ? Parce que les loot boxes comportent un risque réel pour la santé mentale. Le mécanisme de l’aléatoire crée une incertitude qui, pour le cerveau, ressemble à un jeu d’argent : on paie sans certitude d’obtenir ce que l’on souhaite. Cette pratique peut inciter les enfants à dépenser répétitivement pour « tenter leur chance », créant des comportements compulsifs.

2. Les achats intégrés et les offres limitées : créer une pression d’urgence

Outre les loot boxes, les jeux proposent souvent des achats intégrés (argent virtuel, skins ou accessoires cosmétiques) vendus en offres limitées dans le temps ou en quantité.

Par exemple, un jeu populaire comme Fortnite propose régulièrement des skins (apparences de personnages) disponibles pour une durée limitée, avec le message implicite : « Si tu ne l’achètes pas maintenant, tu ne pourras plus jamais l’avoir ». Cela crée le FOMO (« Fear Of Missing Out », la peur de manquer quelque chose), une angoisse sociale puissante chez les jeunes.

À partir de juin 2026, les jeux avec ces offres limitées seront classés PEGI 12. Et pour les jeux intégrant des NFT (« Non-Fungible Tokens », des objets numériques uniques et collectables), la classification sera PEGI 18.

Pourquoi ? Parce que cette pression artificielle d’urgence peut pousser les enfants à faire des achats impulsifs, sans réfléchir aux conséquences financières ou au rapport qualité-prix. C’est un problème d’autant plus grave que les adolescents n’ont parfois pas conscience des dépenses réelles (en euros) qu’ils font à travers un jeu.

3. Les quêtes quotidiennes : une incitation à l’addiction

De nombreux jeux gratuits utilisent un système de quêtes quotidiennes. Ces petites missions varient chaque jour et récompensent les joueurs qui reviennent régulièrement. Cela peut sembler anodin, mais c’est une mécanique puissante d’engagement : elle crée une habitude, presque une obligation psychologique de se connecter tous les jours.

À partir de juin 2026, les jeux proposant ces mécaniques seront classés PEGI 7. Mais si le jeu pénalise les joueurs qui oublient une journée (par exemple, en perdant des récompenses non réclamées à temps), la classification passera à PEGI 12.

Pourquoi ce changement ? Parce que ces systèmes créent une dépendance psychologique. Chez les enfants et adolescents, dont le cerveau est encore en développement, cette incitation quotidienne peut générer une anxiété : « Si je ne joue pas aujourd’hui, je vais louper quelque chose ». Cette pratique normalise aussi l’idée que les loisirs numériques doivent être disponibles à tout moment, partout, créant des habitudes difficiles à réguler.

4. Les interactions entre joueurs mieux encadrées

Enfin, la nouvelle classification PEGI tient compte des fonctionnalités de communication en ligne. Un jeu qui offre une messagerie « non restreinte » (c’est-à-dire sans possibilité de bloquer un utilisateur ou de signaler un contenu abusif) sera classé PEGI 18.

À première vue, cela ne concerne qu’un petit nombre de jeux. Mais pour les concepteurs de jeux, c’est un signal important : les outils de contrôle et de sécurité en ligne ne doivent jamais être oubliés. Ces fonctionnalités de communication directe entre joueurs exposent les jeunes à des risques graves : harcèlement en ligne, tentatives de prédation, ou simplement des interactions négatives qui impactent le bien-être émotionnel.

Conseils pratiques pour protéger la santé mentale des enfants

En attendant ces changements de classification, voici comment il est possible de protéger les enfants :

  • Aborder la question des loot boxes et des achats intégrés : il est important d’expliquer que ces mécaniques ressemblent à des jeux d’argent et qu’elles visent à inciter à dépenser de façon répétée. L’établissement de limites claires sur les dépenses s’avère indispensable.

  • Limiter l’accès aux fonctionnalités d’achat : l’utilisation des contrôles parentaux permet de restreindre ou d’interdire les achats intégrés sur les appareils.

  • Surveiller le temps de jeu : les quêtes quotidiennes créent une pression psychologique. L’encouragement de pauses régulières et la clarification du fait que « manquer » une mission n’est pas grave contribuent à une meilleure régulation.

  • Examiner les paramètres de communication : il est nécessaire de s’assurer que les jeux en ligne disposent d’outils permettant de bloquer les utilisateurs et de signaler les abus. Une communication ouverte avec les enfants sur leur ressenti en ligne s’avère bénéfique en cas de malaise.

  • Consulter la classification PEGI : dès juin 2026, l’examen attentif non seulement de l’âge recommandé, mais aussi des nouveaux pictogrammes indiquant les risques interactifs, aide à mieux comprendre les enjeux.


Quel impact concret pour vous et vos enfants ?

Les joueuses et les joueurs, et surtout les parents, seront informés si un titre incite à dépenser, revenir jouer ou communiquer. Quatre nouveaux critères, appelés « risques interactifs », viendront s’ajouter à l’évaluation PEGI existante.

Avec cette nouvelle classification, PEGI souhaite fournir aux parents une source d’information fiable sur les risques auxquels sont exposés les jeunes publics par un secteur en constante évolution. Au-delà de l’information, l’un des enjeux est de sensibiliser les parents à l’importance d’évaluer attentivement certaines fonctionnalités des jeux et à l’utilité des outils de contrôle parental.

Un changement important apporté au système de classification par âge PEGI, qui contribuera à renforcer la sécurité en ligne et à répondre aux préoccupations et aux questions des parents d’aujourd’hui.


Conclusion

L’évolution de la classification PEGI en juin 2026 reconnaît enfin une réalité que beaucoup de parents constatent : les jeux vidéo modernes ne posent pas seulement des risques liés au contenu violent ou sexuel, mais aussi à des mécaniques psychologiquement manipulatrices. Cette mise à jour est un pas important vers une meilleure protection de la santé mentale des jeunes joueurs. Cependant, elle ne remplace pas votre rôle crucial de parent vigilant et informé. En comprenant ces nouveaux critères, vous serez mieux équipé pour discuter de jeux vidéo avec vos enfants et pour les aider à développer une relation saine avec ce loisir.