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Publié le 22 mai 2026, le rapport de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) sur les usages numériques et la santé des enfants, adolescents et jeunes adultes marque une rupture dans la façon dont la recherche et les politiques publiques appréhendent la question des écrans. Fondé sur une revue exhaustive de la littérature scientifique publiée entre 2015 et 2025, ce travail impose un constat clair : le temps d’écran ne peut plus, à lui seul, mesurer les risques sanitaires liés aux pratiques numériques chez les jeunes.

Ce rapport s’inscrit dans la mission centrale de l’OFDT — éclairer les pouvoirs publics et les professionnels sur les phénomènes d’addiction — et dans son rôle de point focal national pour la France auprès de l’Agence de l’Union européenne des drogues (EUDA). Il couvre cinq grands domaines de santé — santé mentale, sommeil, santé métabolique, neuro-cognition, santé oculaire et musculosquelettique — en mobilisant les méthodes de mesure les plus récentes pour aller au-delà des simples déclarations.

Le temps d’écran, une mesure devenue insuffisante

Pendant des années, les politiques de santé publique se sont appuyées sur un indicateur simple : la durée d’exposition aux écrans. Mais l’OFDT estime aujourd’hui que cette approche est largement dépassée.

Les auteurs soulignent notamment les limites des mesures déclaratives : enfants, adolescents et parents évaluent mal le temps réellement passé sur les écrans. Les usages numériques modernes, très fragmentés et souvent automatiques, échappent largement à la conscience des utilisateurs.

Le rapport évoque ainsi des comportements devenus invisibles dans les questionnaires classiques : micro-déverrouillages répétés du smartphone, consultations réflexes des notifications ou encore basculements incessants d’une application à une autre.

Screenomics : les nouveaux outils qui analysent les usages réels

Pour mieux comprendre les effets des écrans, la recherche développe désormais des outils de mesure plus sophistiqués. L’OFDT cite notamment les « screenomics », une méthode consistant à capturer automatiquement des images de l’écran à intervalles très rapprochés afin d’analyser les comportements numériques réels.

Ces dispositifs permettent de repérer le « switching », c’est-à-dire le passage extrêmement fréquent d’une application à une autre, révélateur d’une forte fragmentation attentionnelle.

Autre outil cité : l’EMA (ecological momentary assessment), qui interroge directement les utilisateurs sur leur état émotionnel au moment même de l’usage numérique.

Selon le rapport, ces nouvelles approches montrent que le danger ne réside pas uniquement dans le nombre d’heures passées devant un écran, mais aussi dans la dynamique des interactions numériques et dans leur impact cognitif permanent.

Santé mentale : des risques liés à la dynamique des usages

Le rapport confirme l’existence d’un lien entre usages numériques intensifs et troubles psychiques, mais nuance fortement certaines idées reçues.

Ainsi, l’association entre temps d’écran et dépression existe, mais demeure d’ampleur modeste. En revanche, les usages répondant à des critères d’addiction comportementale — perte de contrôle, symptômes de sevrage, dépendance émotionnelle — apparaissent beaucoup plus fortement corrélés aux risques dépressifs.

Le rapport s’intéresse également à l’anxiété, aux conduites suicidaires et aux phénomènes d’hypervigilance numérique. Les chercheurs décrivent notamment des comportements de consultation compulsive du téléphone et une fragmentation continue de l’attention liée aux notifications et aux réseaux sociaux.

La « technoférence », un risque pour le développement du jeune enfant

L’OFDT attire aussi l’attention sur les effets indirects des écrans chez les plus jeunes. Même lorsqu’un nourrisson n’est pas exposé directement à un écran, l’usage intensif du smartphone par le parent peut perturber les interactions essentielles au développement du langage.

Ce phénomène, appelé « technoférence », désigne les interruptions répétées de la relation parent-enfant par les usages numériques. Le rapport souligne que ces ruptures d’attention conjointe peuvent ralentir l’acquisition du langage et fragiliser les interactions précoces.

Sommeil, obésité, myopie : des effets physiques documentés

Le rapport de l’OFDT ne se limite pas à la santé mentale. Il recense également des conséquences sur le sommeil, la santé métabolique, la cognition ou encore la santé oculaire.

Concernant le sommeil, les auteurs décrivent l’impact du « sommeil sentinelle » : même endormi, l’adolescent resterait dans un état d’alerte physiologique lié à l’attente des notifications.

Le rapport évoque aussi des risques cardiovasculaires et métaboliques associés à la sédentarité numérique et à la perturbation des rythmes biologiques.

Sur le plan visuel, l’OFDT souligne la progression mondiale de la myopie, favorisée par le travail de près prolongé et le manque d’exposition à la lumière naturelle.

Enfin, les usages intensifs du smartphone sont associés à des troubles musculosquelettiques liés à la flexion cervicale répétée et aux postures prolongées.

Réseaux sociaux : actif ne veut pas toujours dire bénéfique

Le rapport remet également en question une distinction souvent utilisée entre usages « actifs » et « passifs » des réseaux sociaux.

Poster du contenu, envoyer des messages ou publier des photos ne protège pas systématiquement des effets négatifs. Ces usages peuvent au contraire renforcer la pression sociale et la quête de validation à travers les likes et les commentaires.

À l’inverse, certains usages passifs peuvent aussi servir de régulation émotionnelle positive. Pour les auteurs, il faut désormais analyser les usages numériques en tenant compte du contexte social, du contenu consulté, de l’âge et de la vulnérabilité individuelle des jeunes utilisateurs.

Des jeunes inégaux face aux écrans

L’un des enseignements majeurs du rapport réside dans le concept de « vulnérabilité différentielle ». L’OFDT insiste sur le fait que les écrans n’affectent pas tous les jeunes de la même manière.

Les effets négatifs apparaissent plus fortement lorsque certaines fragilités individuelles, familiales ou sociales sont déjà présentes. À l’inverse, plusieurs facteurs protecteurs sont identifiés : qualité du sommeil, soutien familial, bien-être psychologique global ou encore activités hors ligne valorisées.

Vers un « techno-protectionnisme sanitaire »

Enfin, le rapport revient sur les nouvelles orientations des politiques publiques françaises en matière d’écrans chez les mineurs. Les auteurs évoquent une logique de « techno-protectionnisme sanitaire » visant à mieux protéger les enfants face aux mécanismes de captation de l’attention.

Outre les recommandations d’hygiène numérique dans un contexte familial, les auteurs préconisent aux autorités d’instaurer une “majorité numérique à 15 ans” et de responsabiliser les acteurs de l’industrie du numérique.

Lire le rapport :
https://www.ofdt.fr/publication/2026/usages-numeriques-et-sante-de-l-enfant-de-l-adolescent-et-du-jeune-adulte-enjeux


– Image de l’article générée par IA –

Le 11 mai 2026, l’association e-Enfance a publié son premier rapport de transparence au titre du règlement européen sur les services numériques (Digital Services Act – DSA). Ce document, couvrant la période du 1er janvier au 31 décembre 2025, dresse un constat particulièrement préoccupant : les violences numériques visant les mineurs continuent de s’intensifier tandis que les plateformes peinent encore à retirer rapidement les contenus signalés.

À travers ce rapport, l’association e-Enfance/3018 met notamment en lumière l’explosion du cyberharcèlement, de la sextorsion et des contenus à caractère sexuel impliquant des mineurs, mais aussi l’émergence de nouveaux risques liés à l’intelligence artificielle et aux réseaux de prédation en ligne.

Le 3018, premier signaleur de confiance désigné en France

Dans le cadre du DSA, l’Arcom a désigné le 8 novembre 2024 le 3018 comme premier « signaleur de confiance » en France. Ce statut reconnaît l’expertise de l’association dans l’identification et le signalement de contenus illicites en ligne touchant les mineurs.

Concrètement, les plateformes soumises au DSA sont désormais tenues de traiter de manière prioritaire les signalements transmis par le 3018 via un canal dédié.

Pour rappel, un signaleur de confiance est une organisation reconnue par une autorité nationale compétente pour sa capacité à effectuer des signalements précis, fiables et diligents dans un domaine spécifique, comme la protection de l’enfance.

Des victimes de plus en plus jeunes

Le rapport révèle que le 3018 a enregistré 124 500 sollicitations en 2025. Une hausse qui illustre l’ampleur croissante des violences numériques touchant les mineurs.

Les victimes sont de plus en plus jeunes :

  • 24 % ont moins de 11 ans ;
  • 31 % sont âgées de 12 à 14 ans.

Le cyberharcèlement reste le premier motif de signalement avec 24,7 % des cas traités.

Viennent ensuite :

  • les comptes « Fisha »* (16,4 %) ;
  • les atteintes au droit à l’image (16,3 %) ;
  • la sextorsion (13,7 %).

À eux seuls, ces quatre motifs représentent 71 % des signalements reçus par le 3018.

Une forte progression des violences sexuelles en ligne

Le rapport souligne qu’un signalement sur quatre concerne désormais des faits à caractère sexuel impliquant des mineurs : pédocriminalité, extorsion sexuelle ou encore grooming (ou pédopiégeage).

Parmi ces situations :

  • plus d’un tiers relèvent de la sextorsion ;
  • un cas sur dix concerne la diffusion non consentie de contenus sexuels.

Ces violences numériques ont des conséquences directes sur la santé mentale des jeunes victimes. Selon e-Enfance, le 3018 traite désormais une crise suicidaire tous les trois jours, un chiffre en hausse de 3 000 % en dix ans.

TikTok au cœur des signalements

Avec plus de 1 000 signalements recensés en 2025, TikTok apparaît comme la plateforme la plus signalée par les mineurs et leurs familles.

Le réseau social concentre à lui seul un volume de signalements plus de trois fois supérieur à Instagram et plus de quatre fois supérieur à Snapchat.

Les situations traitées révèlent un schéma récurrent : les prédateurs prennent d’abord contact avec les victimes sur des plateformes publiques avant de les rediriger vers des messageries privées moins régulées, où se poursuivent les faits de grooming, de sextorsion ou de pédocriminalité.

Selon le rapport, plus de la moitié des cas de prédation sexuelle suivent ce parcours.

Masculinisme, “The Com” : les nouveaux risques émergents

Le rapport met également en garde contre la progression de contenus valorisant des idéologies sexistes ou violentes, notamment les mouvances masculinistes.

Selon l’association, ces discours apparaissent de plus en plus fréquemment dans les situations de harcèlement, de cyberharcèlement et de violences de genre en ligne.

Autre sujet d’inquiétude : le développement de réseaux prédateurs structurés comme « The Com » (“The Community”), qui ciblent des jeunes âgés de 8 à 17 ans identifiés comme vulnérables.

Selon les situations documentées par l’association, les victimes seraient progressivement poussées à réaliser des actes humiliants ou violents :

  • produire des images sexuelles ;
  • commettre des actes d’exploitation sexuelle ;
  • s’automutiler ;
  • blesser des animaux ;
  • exercer des violences sur autrui.

Les contenus produits seraient ensuite utilisés comme moyens de pression et partagés au sein de ces réseaux afin de renforcer la réputation des prédateurs.

L’intelligence artificielle devient un amplificateur des violences numériques

Le rapport souligne également la montée en puissance de l’intelligence artificielle dans les situations de violences numériques visant les mineurs.

Parmi les cas de sextorsion traités par le 3018, plus d’un quart impliquent désormais un usage de l’IA.

Deepfakes sexuels, outils de « déshabillage » ou agents conversationnels détournés à des fins de manipulation : ces technologies deviennent de véritables amplificateurs des violences en ligne.

Des plateformes accusées de modération insuffisante

L’association dénonce également les défaillances persistantes de certaines grandes plateformes en matière de modération.

Selon le rapport :

  • sur Snapchat, YouTube et Facebook, plus d’un contenu signalé sur deux reste en ligne ;
  • sur X, près de trois contenus sur quatre ne sont pas retirés.

Dans la grande majorité des cas, les refus de retrait ne sont accompagnés d’aucune explication.

Pour e-Enfance, cette absence de réaction contribue à prolonger les violences subies par les mineurs, notamment dans les cas de harcèlement, de diffusion d’images intimes ou de menaces.

Les recommandations d’e-Enfance

Face à cette situation, l’association formule plusieurs recommandations afin de renforcer la protection des mineurs en ligne :

  • instaurer une nomenclature harmonisée au niveau européen pour les signalements impliquant des mineurs ;
  • encadrer les délais de traitement des notifications ;
  • imposer aux plateformes des réponses motivées en cas de refus de retrait ;
  • garantir le retrait effectif des contenus illicites impliquant des mineurs plutôt que le simple géoblocage ;
  • permettre la suspension des comptes ayant servi à initier une infraction visant un mineur.

Que faire en cas de cyberharcèlement ?

Le 3018 rappelle que plusieurs réflexes peuvent aider les victimes et leurs proches :

  • conserver les preuves (captures d’écran, messages, liens) ;
  • signaler rapidement les contenus ;
  • bloquer les auteurs ;
  • prévenir l’établissement scolaire si nécessaire ;
  • contacter le 3018 pour obtenir une aide psychologique, juridique et technique.

Disponible 7 jours sur 7, le 3018 peut être contacté par téléphone, tchat ou via l’application mobile dédiée.

Lire le rapport :
https://e-enfance.org/rapport-de-transparence-2025-signalements/

* Les comptes « fisha » (« affiche » à l’envers) sont des comptes sur les réseaux sociaux ou messageries, qui ont pour objet la diffusion de contenus intimes ou à caractère sexuel de jeunes femmes, pour la plupart mineures, sans leur consentement (photos-montages, vidéos détournées…). Ces images sont parfois accompagnées d’informations personnelles permettant de les identifier.

– Image de l’article générée par IA –

Après le Toulouse Game Show en octobre dernier, Assurance Prévention présente l’initiative CyberPrev au salon Geek Days Lille les 9 et 10/05/2026 au Grand Palais. Objectif : sensibiliser les adolescents, les parents et le monde éducatif aux risques numériques : addiction aux écrans, cyberharcèlement, contenus choquants et désinformation. 

Le manga “Falcon Flip” sera distribué gratuitement et dédicacé par le mangaka Thomas Roussel sur le stand Assurance Prévention / CyberPrev (stand : ANIM 1.1).

De nouveaux épisodes de “Falcon Flip” sur les jeux vidéo sortent à cette occasion sur webtoons.com !

En savoir plus sur le salon :
https://www.geek-days.com/lille/

La Semaine de la presse et des médias dans l’École est organisée chaque année au mois de mars par le CLEMI, le centre pour l’éducation aux médias et à l’information.

C’est l’occasion pour de nombreux élèves de découvrir l’univers des médias, de la presse, du numérique et d’en comprendre les enjeux culturels et démocratiques.

Et comme le suggère Virginie Sassoon, la directrice adjointe du CLEMI, pourquoi ne pas profiter de cette séquence pour aborder ces questions en famille ? 🤗

🗓 Cette année, la 37e édition de la Semaine de la presse et des médias se tient du 23 au 28 mars 2026 et a pour thème « Où est l’info ? ».

https://www.clemi.fr/actions-educatives/semaine-de-la-presse-et-des-medias

🔎 CyberPrev décode, l’émission d’Assurance Prévention qui décode les risques numériques touchant les adolescents tels que l’addiction aux écrans, l’exposition à des contenus choquants, le cyber harcèlement, la désinformation etc.