

Accueil > Actualités
Après cinq années d’enquête, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) tire la sonnette d’alarme. Conçus pour capter l’attention et maximiser l’engagement, les réseaux sociaux exposent les adolescents à des risques avérés pour leur santé mentale. Décryptage d’un rapport de référence.
Une expertise scientifique inédite par son ampleur
Le mardi 13 janvier, Anses a rendu public un rapport scientifique d’une ampleur exceptionnelle consacré aux effets des réseaux sociaux sur la santé des adolescents de 11 à 17 ans. Lancée en septembre 2019, cette autosaisine a mobilisé près de cinquante experts issus de disciplines variées – épidémiologie, pédopsychiatrie, neurosciences, sciences de l’information – et s’appuie sur l’analyse de plus d’un millier d’études internationales.
Au total, 522 pages de données scientifiques viennent aujourd’hui objectiver un débat souvent passionné. Pour les coordinateurs de l’étude, les effets sanitaires des réseaux sociaux ne relèvent plus de l’hypothèse : ils sont désormais documentés.
Des mécanismes de captation de l’attention particulièrement nocifs
L’expertise met en lumière les ressorts économiques et techniques des plateformes numériques. Leur modèle repose sur la maximisation du temps d’écran, afin de vendre espaces publicitaires et données comportementales. Pour y parvenir, les réseaux sociaux déploient des dispositifs puissants de captation de l’attention : algorithmes de recommandation ultra-personnalisés, déroulement infini de contenus, notifications incessantes, interfaces manipulatrices (dark patterns).
Ces mécanismes peuvent enfermer les adolescents dans des bulles de contenus, parfois de plus en plus extrêmes, créant un effet de spirale. Or, l’adolescence est une période de construction identitaire marquée par une forte sensibilité aux comparaisons sociales, à la reconnaissance des pairs et à la recherche de sensations. Une vulnérabilité que les plateformes exploitent pleinement.
Des impacts sanitaires clairement identifiés
L’agence souligne des effets « multifactoriels » et négatifs sur la santé mentale et physique des jeunes :
Troubles du sommeil
L’allongement du temps passé en ligne retarde l’heure du coucher et perturbe l’endormissement. À la clé : fatigue chronique, irritabilité, baisse de l’attention et augmentation du risque de symptômes dépressifs.
Dévalorisation de soi et image corporelle
L’exposition répétée à des images idéalisées ou retouchées altère l’estime de soi. Chez certains adolescents, elle favorise des troubles du comportement alimentaire et un mal-être psychologique durable.
Comportements à risques
Les algorithmes amplifient la visibilité de contenus liés à l’automutilation, aux troubles alimentaires, à la consommation de drogues ou au suicide, augmentant les risques de passage à l’acte.
Cyberviolences et cyberharcèlement
Insultes, rumeurs, chantage ou diffusion d’images intimes sans consentement ont des conséquences sévères sur la santé mentale. L’anonymat et la viralité renforcent ces phénomènes.
Des effets plus marqués chez les adolescentes
L’expertise souligne une exposition accrue des filles aux effets délétères des réseaux sociaux. Elles y passent davantage de temps, utilisent plus souvent des plateformes visuelles centrées sur l’apparence et subissent une pression sociale renforcée liée aux stéréotypes de genre. Elles sont aussi plus fréquemment victimes de cyberharcèlement et présentent un engagement émotionnel plus intense vis-à-vis des contenus.
Des recommandations fortes pour protéger les mineurs
Face à ces constats, l’Anses appelle à agir à la source. Elle recommande que les mineurs n’accèdent qu’à des réseaux sociaux spécifiquement conçus et paramétrés pour préserver leur santé :
- application stricte de la limite d’âge de 13 ans avec vérification fiable,
- interdiction des interfaces manipulatrices,
- limitation de l’amplification des contenus préjudiciables,
- encadrement des fonctionnalités favorisant l’hyper-engagement.
L’Agence rappelle la responsabilité juridique des plateformes et souligne l’importance d’un cadre réglementaire robuste, notamment via le Digital Services Act, en vigueur depuis février 2024.
Miser sur la prévention et l’éducation au numérique
Au-delà de la régulation, l’Anses insiste sur la nécessité d’une éducation aux médias et au numérique en milieu scolaire et d’un accompagnement à la parentalité numérique associant parents, professionnels et adolescents eux-mêmes. Car l’usage des réseaux sociaux façonne durablement la manière dont les jeunes interagiront et percevront le monde à l’âge adulte.








